Bougie à la citronnelle anti-moustique : ce que dit vraiment la science

Moustique posé sur une feuille verte, illustration des bougies à la citronnelle anti-moustique

Premier soir de terrasse, tu allumes une bougie à la citronnelle, et tu te dis : voilà, je suis tranquille. C'est devenu un réflexe d'été aussi automatique que les tongs et le rosé.

Je suis chimiste de formation, et je vais te dire ce que disent vraiment les études là-dessus. Sans dramatiser, et sans rien te vendre : je ne fais pas de bougie anti-moustique, et tu vas comprendre pourquoi.

Idée reçue n°1 : « La bougie à la citronnelle me protège des piqûres »

Verdict : très largement surévalué.

Les données sont au mieux décevantes. Une étude de terrain menée à Guelph, en Ontario, à l'été 1995 (Lindsay et al., 1996, Journal of the American Mosquito Control Association) a comparé plusieurs conditions sur le terrain : par rapport à une situation sans aucune protection, les bougies à la citronnelle réduisaient les piqûres de 42,3 %. Mais le détail qui change tout : une bougie ordinaire, sans une seule goutte de citronnelle, réduisait déjà les piqûres de 24,2 % dans la même étude. Autrement dit, sur les 42 points de réduction qu'on te vend, plus de la moitié vient simplement du fait qu'il y a une flamme (la chaleur et le panache de fumée perturbent déjà les moustiques, citronnelle ou pas). Le gain spécifiquement attribuable à la citronnelle est donc beaucoup plus modeste qu'il n'y paraît.

Et la suite ne rattrape pas le score. Des travaux plus rigoureux publiés dans le Journal of Insect Science (2017) n'ont trouvé aucune protection statistiquement significative, alors que, dans la même étude, un répulsif cutané faisait chuter l'attraction des moustiques d'environ 60 %. Une revue parue dans le Journal of Vector Ecology conclut dans le même sens : protection courte, et seulement dans un petit espace fermé.

Pourquoi un tel écart avec la promesse ? C'est de la chimie simple. Pour repousser un moustique, il faut une certaine concentration de molécules actives autour de ta peau. Une bougie n'en libère qu'une quantité infime dans l'air, et dehors, le moindre souffle disperse tout. Une bougie n'est pas conçue pour maintenir une zone protectrice autour de toi.

La nuance qui compte, parce que je ne vais pas te mentir dans l'autre sens

La citronnelle, ce n'est pas « rien ». Son huile essentielle dégage une odeur que les moustiques trouvent désagréable, et appliquée sur la peau, diluée, elle offre une protection courte, de l'ordre de quelques dizaines de minutes à 2 heures selon les formulations (les données varient sensiblement d'une étude à l'autre). Le problème n'est donc pas la plante. C'est le format bougie. Entre « une odeur que le moustique n'aime pas flotte dans l'air » et « tu es protégée », il y a un gouffre. Et c'est précisément ce gouffre qu'on oublie de t'expliquer.

Idée reçue n°2 : « C'est naturel, donc c'est efficace et sans risque »

Verdict : faux sur les deux tableaux. Et c'est tout le sujet.

« Naturel » ne garantit pas l'efficacité, on vient de le voir. Et « naturel » ne garantit pas l'innocuité non plus. Les huiles essentielles de citronnelle contiennent des allergènes réglementés (citronellal, géraniol), elles sont déconseillées aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 3 ans, et certaines sont irritantes pures. C'est exactement le même piège que sur les bougies parfumées : le mot « naturel » rassure, mais il ne décrit ni ce que le produit fait, ni ce qu'il contient vraiment.

Le point réglementaire, vite fait (parce qu'il est utile)

En Europe, dès qu'un produit prétend repousser ou éloigner les moustiques, il devient juridiquement un biocide, encadré par le règlement (UE) 528/2012 (catégorie « répulsifs », PT19). Et la situation s'est même durcie : l'huile de citronnelle elle-même n'est aujourd'hui plus autorisée comme substance active dans les répulsifs cutanés vendus en Europe, faute d'avoir été soutenue dans le processus d'autorisation après l'ancienne directive biocides. Ce n'est donc pas qu'une question d'allégation marketing mal formulée, la substance active elle-même n'a plus de statut réglementaire valide pour cet usage.

La conséquence pratique pour toi est simple : il faut distinguer une bougie parfum citronnelle (vendue pour l'ambiance, l'odeur) d'un répulsif autorisé (dont l'efficacité a été démontrée et la substance active approuvée). Ce n'est pas le même produit, même si le rayon du supermarché les range côte à côte. Lis l'étiquette : si c'est marqué « parfum citronnelle » sans allégation de protection prouvée, c'est une bougie d'ambiance. Pas un bouclier.

Alors, qu'est-ce qui marche vraiment ?

Si l'objectif est de ne pas être piquée, les outils sérieux sont connus :

  • Un répulsif cutané homologué. Les substances actives reconnues au niveau européen pour leur efficacité sont le DEET et l'icaridine (picaridine), avec des protections pouvant atteindre 5 à 8 heures selon la concentration. L'IR3535 fait également partie des substances autorisées et reste l'option à privilégier chez les jeunes enfants et les femmes enceintes en l'absence de risque sanitaire grave. Demande toujours conseil à ton pharmacien pour adapter le choix à l'âge et à la situation (grossesse, allaitement, jeune enfant) : les conditions d'usage varient selon ces critères et selon les autorisations de mise sur le marché (AMM) en vigueur.
  • Du mécanique. Moustiquaire, vêtements longs et couvrants le soir, et surtout suppression des eaux stagnantes autour de chez toi (soucoupes, gouttières), c'est là que tout commence.

La bougie peut rester sur la table pour l'ambiance. Simplement, ce n'est pas elle qui te protège.

Ce que ça change pour L&E

Je formule des bougies pour le moment qu'elles créent : une lumière, une pause, une odeur juste. Pas pour te protéger d'un insecte.

Et je ne sortirai pas de « bougie anti-moustique », parce que je serais incapable de te prouver qu'elle te protège. Or promettre une protection qui n'existe pas, un soir d'été, avec des enfants qui jouent dehors, c'est exactement le genre d'allégation que je refuse de faire. C'est la même ligne que je tiens sur le mot « naturel » ou sur le « sans substances toxiques » : je préfère te dire le vrai, même quand il est moins vendeur.

Choisis une bougie à la citronnelle si tu aimes son odeur fraîche et citronnée. Pour ne pas être piquée, prends un vrai répulsif homologué. Savoir faire la différence, c'est déjà te protéger mieux que la moitié des terrasses cet été.

Des bougies qui te rappellent ce que tu as oublié.

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